Un nom qui sent la provocation, une coiffure qui divise encore, et pourtant, la coupe mulet n’a jamais quitté le champ de bataille capillaire. Derrière ses mèches mi-longues, elle cache une histoire bien plus ancienne que sa réputation sulfureuse des années 80. Ce style, devenu véritable marqueur des bandes de jeunes, n’a jamais vraiment échappé au regard critique. Pourtant, il intrigue, fascine, et surtout, il interroge : d’où vient ce mot, ce mulet accroché à nos têtes ?
D’où vient la coupe mulet?
On serait tenté de croire que la coupe mulet a émergé avec les guitares électriques et les clips colorés, mais ses racines plongent bien plus loin. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des traces de cette coiffure dans l’Antiquité, bien avant les tubes de Bowie. En Mésopotamie, en Syrie, et jusque dans l’Asie mineure, les guerriers arboraient déjà cette coupe qui alliait praticité et affirmation de soi. Hittites, Égyptiens ou encore Assyriens, tous affichaient fièrement cette nuque longue, parfois immortalisée dans les bas-reliefs et les statues grecques du VIe siècle avant J.C. Les Romains, eux, optaient pour une version plus courte, moins exubérante. Chez les Néandertaliens, certains chercheurs supposent que ce type de coupe protégeait à la fois les yeux et la nuque des intempéries.
Le retour du mulet dans la culture populaire doit beaucoup à quelques figures emblématiques. En 1971, Rod Stewart ose la coupe mulet homme, bientôt imité par Paul McCartney. Mais c’est l’extravagance de David Bowie et son alter ego Ziggy Stardust qui impose le style en 1972. Dès lors, la coupe s’exporte : musiciens, sportifs, tous succombent à cette allure à la fois rebelle et pratique. Sur les terrains de hockey nord-américains, les cheveux longs dans la nuque ne gênent pas la vision, tout en affichant un brin de défiance. Des catcheurs comme Shawn Michaels adoptent aussi le style. Au cinéma, la coupe traverse les écrans dans les années 90, portée par Richard Dean Anderson sous les traits de MacGyver, mais aussi Chuck Norris ou Jean-Claude Van Damme.
Pourquoi cette appellation?
Rattachée à certaines figures masculines, la coupe mulet a souvent été taxée de caricature, voire de stéréotype. Le vent tourne dans les années 90, lorsque la jeunesse américaine, en quête de nouveaux repères musicaux, délaisse ce style. En 1994, les Beastie Boys signent le morceau satirique “Mullet Head”. La chanson se moque ouvertement de la coupe, et le terme “mulet” s’impose alors dans le langage courant pour désigner cette coiffure. L’Oxford English Dictionary retient d’ailleurs ce titre comme la première occurrence du mot dans ce sens.
Mais le mot “mulet” n’est pas né de cette chanson. Il s’inscrit dans l’argot américain où il qualifiait déjà quelqu’un de peu futé, voire de simplet. Par ailleurs, “mullet” désigne aussi un poisson à la tête plate, ce qui n’a rien d’un hasard dans la comparaison. À la suite d’un article du magazine Grand Royal consacré à cette chanson des Beastie Boys, des sites internet se sont multipliés pour tourner en dérision la coupe, à l’image du défunt Mullet Watch, qui recensait les plus beaux spécimens repérés dans la rue.
Qui peut la porter?
À ses débuts, la coupe mulet était associée à la classe ouvrière, mais elle a vite conquis les têtes, toutes catégories confondues. Elle s’est installée aussi bien chez les stars que chez les anonymes, devenant un symbole de ralliement pour certains groupes sociaux. Cette coiffure s’est retrouvée moquée par la culture populaire, souvent pour souligner un goût jugé douteux. Mais les adeptes du mulet ne se sont pas laissés abattre. Pour revendiquer leur style, ils ont lancé le Mulletfestival en Australie, à Kurri Kurri, le 4 février 2018. Un rendez-vous festif où la provocation capillaire devient acte de résistance face aux normes de la mode. Depuis, les tendances évoluent, mais le carré continue de dominer le paysage des coupes incontournables.
Comment faire sa coupe mulet?
Réaliser une coupe mulet homme n’a rien d’une opération délicate, surtout si la recherche d’originalité passe avant la quête de perfection. Il suffit de laisser pousser la nuque, de couper court sur les côtés et sur le dessus, sans trop se préoccuper de la symétrie. Un effet légèrement désordonné donne ce côté rock recherché. Pour s’assurer du résultat, certains comparent la longueur des cheveux à celle du garrot d’un cheval ou d’un âne. Si la ressemblance est frappante, le pari est réussi et le nom ‘mulet’ n’a rien d’usurpé.
Les variantes ne manquent pas : cheveux bouclés, frange, chacun adapte la coupe mulet à sa manière. Les créateurs de styles rivalisent d’inventivité, et le mulet, loin d’être figé, continue de se réinventer.
La coupe mulet navigue entre dérision et fierté, entre passé antique et provocations contemporaines. Elle traverse les modes, revient là où on ne l’attend pas, et finit toujours par surprendre. Demain, qui osera encore la porter, défiant les conventions d’un simple coup de ciseaux ?

